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Extrait – Marie-Claire

Née sous une bonne étoile Je suis née un 13 janvier. Certes, ce n’était pas un vendredi mais naître un mardi 13 janvier 1953 semble m’avoir toujours porté chance. Une enfance bien entourée Aînée d’une fratrie de neuf enfants, j’ai peu de souvenirs de jeux avec mes frères et sœurs. Il faut dire que deux…


Née sous une bonne étoile

Je suis née un 13 janvier. Certes, ce n’était pas un vendredi mais naître un mardi 13 janvier 1953 semble m’avoir toujours porté chance.

Une enfance bien entourée

Aînée d’une fratrie de neuf enfants, j’ai peu de souvenirs de jeux avec mes frères et sœurs. Il faut dire que deux garçons, Guy et Jean, sont venus juste après moi. Ma sœur la plus proche, Marie, n’est arrivée qu’après huit longues années. Je n’ai finalement vécu qu’avec sept d’entre eux car Christelle, la benjamine de la famille, est née après mon départ de la maison. À ma naissance, mes parents venaient tout juste de racheter la maison et la ferme à mes grands-parents maternels. Mon statut d’aînée m’a offert une relation unique avec eux, en particulier avec ma grand-mère Berthe, auprès de qui j’ai passé de précieux moments.

Précurseurs pour leur époque, mes grands-parents avaient fait construire une maison dans le centre bourg du village pour y passer leur retraite. En attendant la fin des travaux, nous avons tous vécu ensemble quelque temps à la ferme. Plus tard, maman m’enverra régulièrement dormir chez ma grand-mère, soi-disant pour que je puisse faire mes devoirs au calme, loin du tumulte de la fratrie. Mais j’ai toujours pensé qu’elle voulait aussi me préserver des innombrables corvées qui retombent souvent sur l’aînée des familles nombreuses.

Berthe, ma si chère grand-mère

Maman nourrissait une rancune silencieuse envers sa propre mère. Elle lui reprochait de ne pas l’avoir élevée comme son frère Étienne ou sa sœur Jeanne. Dépressive à une époque, ma grand-mère avait confié ma mère, encore bébé, à une voisine. Je suis persuadée que cela a profondément influencé le caractère de maman, plus discrète et effacée que ses aînés.

Mon grand-père Louis est tombé malade et est décédé d’un cancer de l’estomac en 1959. J’avais alors sept ans. Je me souviens parfaitement du tuyau et de la tulipe par lesquels ma grand-mère l’alimentait. Peut-être est-ce là que s’est éveillée ma vocation d’infirmière. Après le décès de mon grand-père, j’ai passé davantage de temps dans la maison neuve du village, seule avec ma grand-mère. Quel bonheur de laisser mes frères et sœurs à la ferme pour me retrouver en tête à tête avec elle ! Je me sentais privilégiée. Berthe m’a tant transmis : elle m’a appris à jouer à la belote avec ses copines, à tricoter des carrés de laine pour en faire des couvertures. En échange, je devais assister certains matins à la messe à jeun… ce que j’appréciais nettement moins.

Berthe était une belle femme, grande, élégante, avec un fort caractère. Régulièrement, nous prenions le car pour aller à Angers faire les magasins : Diane, La Blanche Porte… Elle tenait à ce que nous soyons bien habillées. Coquette, elle me demandait souvent :

– Je ne te fais pas honte ?

Ces sorties étaient aussi l’occasion d’apporter nos couvertures tricotées au Secours Catholique. Ce fut pour moi un premier contact bouleversant avec la pauvreté. Loin de notre quotidien relativement privilégié à la campagne, ces rencontres ont éveillé en moi une révolte contre l’injustice et un profond désir de m’engager. C’est ainsi que, plus tard, j’ai trouvé ma place dans des mouvements comme l’ACE – l’Action Catholique des Enfants.

Aventurière dans l’âme – et un brin fraudeuse – ma grand-mère produisait en secret son propre vin, grâce à quelques rangs de vignes. La loi interdisant d’ajouter du sucre à la vendange, elle restait parfois cachée une semaine entière, ne sortant que la nuit pour se rendre à la cave et remuer le vin dans les cuves. Ce souvenir me fait encore sourire aujourd’hui.


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